Ce mercredi matin, Anne Delvaux, 67 ans, avait quitté son appartement du quartier d’Outremeuse plus tôt que d’habitude.
Elle avait besoin de marcher. Depuis le décès de sa sœur quelques mois auparavant, les journées silencieuses lui semblaient parfois interminables.
Après avoir traversé une partie de la ville, elle s’était arrêtée au parc de la Boverie. Sur un banc légèrement à l’écart du passage, elle s’était assise face aux arbres, sans objectif particulier.
C’est en déposant son sac à côté d’elle qu’elle remarque un morceau de papier blanc coincé sous une latte.
Une enveloppe destinée à un inconnu
L’enveloppe ne portait aucun nom. Sur le devant, une seule phrase avait été écrite à la main :
Anne hésite. Elle regarde autour d’elle, pensant que quelqu’un vient peut-être de l’oublier.
Mais personne ne semble chercher quoi que ce soit. Elle ouvre finalement l’enveloppe avec précaution.
À l’intérieur, une lettre de deux pages est signée par un certain Jean-Marie, âgé de 81 ans.
Le banc où il retrouvait son épouse
Jean-Marie explique qu’il venait s’asseoir sur ce banc tous les dimanches avec son épouse, Madeleine.
Ils s’étaient rencontrés à Liège lorsqu’ils avaient à peine 20 ans. Durant plus de cinquante années de mariage, ce banc était devenu leur endroit préféré.
Ils y partageaient un café, observaient les promeneurs et parlaient de leurs enfants, de leurs petits-enfants et de leurs projets.
Après la mort de Madeleine, Jean-Marie avait continué à venir seul.
Une dernière visite devenue trop difficile
Les problèmes de santé de Jean-Marie l’empêchaient désormais de se déplacer seul jusqu’au parc.
Cette lettre avait donc été déposée lors de ce qu’il pensait être sa dernière visite.
Il ne demandait ni argent ni aide particulière. Il souhaitait simplement que la prochaine personne installée sur ce banc pense quelques secondes à Madeleine.
Anne lit la lettre une première fois, puis une deuxième. Plusieurs passages lui rappellent sa propre solitude et les conversations qu’elle aurait encore aimé avoir avec sa sœur.
La dernière phrase change tout
Au bas de la deuxième page, Jean-Marie avait ajouté une dernière phrase :
Anne reste immobile pendant plusieurs minutes.
Elle pense immédiatement à Lucien, son ancien voisin âgé de 79 ans, qu’elle n’avait plus vu depuis plusieurs semaines.
Ils échangeaient autrefois quelques mots dans l’escalier, mais depuis son déménagement dans un logement adapté, elle n’avait jamais pris le temps de lui téléphoner.
Un simple appel qui devient une rencontre
Toujours assise sur le banc, Anne retrouve son numéro dans un ancien carnet.
Lucien répond après plusieurs sonneries. Sa voix paraît surprise, puis heureuse.
La conversation, qui devait durer quelques minutes, se prolonge pendant près d’une heure.
Deux jours plus tard, Anne lui rend visite avec une tarte au riz achetée dans une boulangerie du centre de Liège.
Elle emporte également la lettre de Jean-Marie.
Le banc continue de réunir des inconnus
Anne glisse alors la lettre dans une nouvelle enveloppe, protégée de la pluie, avec un petit mot supplémentaire.
Le dimanche suivant, elle retourne au parc de la Boverie et replace discrètement l’enveloppe sous la même latte.
Elle ignore qui la trouvera ensuite.
Mais depuis ce matin-là, Anne appelle Lucien chaque mercredi. Ils ont également décidé de se retrouver une fois par mois sur le banc de Jean-Marie et Madeleine.
Une phrase simple à retenir
Nous pensons souvent avoir encore le temps d’appeler, de visiter ou de reprendre contact. Parfois, une lettre trouvée par hasard suffit à rappeler que le bon moment est peut-être aujourd’hui.